Waregem 2017

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Providence - 2e Dragons - Waregem 2017

lundi 23 juin 2014

Au 2e régiment de Dragons - Colonel Ambert

" DRAGONS,
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Un régiment est une famille qui a son passé plus ou moins glorieux, son origine plus ou moins ancienne, son nom plus ou moins pur, et ses fils plus ou moins utiles à la patrie.
Comme la famille, le régiment a son histoire, ses traditions, ses coutumes. Le régiment a son foyer domestique, où se conserve avec piété le souvenir des choses honorables; où le soir, à la veillée, les anciens redisent aux plus jeunes les belles actions des camarades qui ne sont plus.
Celui qui le premier compara le drapeau du régiment au clocher du village, fut un simple soldat, poète sans le savoir, et qui exprimait à merveille ces idées de famille et de religion dont l'armée française est imprégnée.

Nous, Dragons du 2e, avons le bonheur d'appartenir à une excellente et brave famille militaire. Nulle autre n'est plus ancienne, et nulle autre n'a plus fait pour le pays.


Le jour où fut créé en France le premier régiment de cavalerie, fut le premier jour de notre régiment.
Depuis cette année 1635, de nombreuses générations guerrières se sont succédé dans les rangs où nous servons aujourd'hui. Nos aînés, les plus anciens du régiment, furent ces vieux compagnons de Henri IV, qui arrachèrent la France sanglante aux ligueurs et à l'étranger.
Les seconds venus au régiment réalisèrent par le sabre la vaste pensée du règne de Louis XIII, et créèrent pour Louis-le-Grand cette puissante monarchie française qui sera l'éternel orgueil de notre pays.
Vinrent ensuite, sous Louis XIV, ces fiers cavaliers qui portaient bravement sur tous les champs de bataille de l'Europe l'illustre nom du prince de Condé.
Lorsque la guerre et les années entraînèrent dans leur cours les rudes soldats de Louis XIV, leurs fils accoururent au régiment de Condé, et les généraux de Louis XV pouvaient croire que les mêmes combattants étaient toujours là.
C'est que le régiment restait debout quand tout tombait autour de lui. Il restait debout au milieu des tourmentes politiques comme sur les champs de bataille, renaissant de ses cendres, puisant une vie nouvelle dans le sacrifice, les yeux sur le drapeau, et n'ayant qu'une pensée : la Patrie.


Nos anciens au régiment ont eu leurs jours de fêtes et leurs jours de deuil. Le sang du régiment a coulé par torrents, mais aussi notre histoire nationale renferme plus d'une page glorieuse écrite de la pointe de nos sabres.
C'est là, Dragons, ce que chacun de nous sait vaguement par cette tradition de notre foyer de famille, qui répète les noms de Turenne et de Napoléon, de Soult et de Condé, mêlant avec naïveté les récits de Friedland aux récits de Hochstedt, les charges de Waterloo aux charges de Fontenoy.
De la vie du régiment on ferait un beau livre; mais aujourd'hui ce sont seulement nos titres de noblesse, nos états de services que met en ordre le père de la famille.
Depuis sa naissance, depuis plus de deux siècles, le régiment n'a jamais failli. Sur les champs de bataille, il a été intrépide. Dans les villes, il a été discipliné. Dans les discordes civiles, il a été ferme, dévoué, inébranlable.
De votre beauté, de votre instruction je ne parlerai pas; vous êtes de ceux dont un roi disait : Je les montre avec orgueil à mes amis et à mes ennemis.
Aux journées de la première Révolution, le régiment tout entier s'est trouvé sur la frontière avant qu'un seul coup de fusil eût été tiré. [...]



Comme vos pères, vous avez été de braves cavaliers; vous êtes les dignes enfants des Dragons de Condé et des Dragons de Napoléon.
Pendant dix ans, par la voix de l'Empereur, nos pères ont parlé seuls à l'Europe silencieuse, comme jadis, par la voix de Louis XIV, nos ancêtres parlaient seuls à l'Europe muette et tremblante.
Notre vie est le plus beau poème que l'art eût pu créer. Il y a dans l'histoire du régiment des pages écrites sous la tente, d'autres tracées dans le désert; les unes sous le soleil du Portugal et de l'Italie, les autres dans les neiges de la Russie et du St-Gothard. Telle page est criblée de mitraille, telle autre noircie par la poudre. Mais, aussi, combien nos pères n'en écrivaient-ils pas dans les palais séculaires de tous les royaumes vaincus.
Les litres seuls de nos pages sont éloquents : Nerwinden, Prague, Hohenlinden, Ulm, Austerlilz, Iéna, Eylau, Heilsberg, Friedland, Talaveyra, Rodrigo, Waterloo ! et nos gîtes d'étapes ne sont-ils pas éloquents aussi: Vienne, Rome, Berlin, Lisbonne, Madrid , Moscou et les noms de nos chefs n'ont-ils pas leur éloquence: le maréchal de Créqui, le duc de Luxembourg, le roi Louis XIV, Turenne, Boufflers, le duc de Bourgogne , Vendôme , Villars, Berwick, le maréchal de Saxe, Condé , Richelieu , Conlades, de Broglie puis les généraux Dumouriez, Pichegru, Jourdan, Hoche, Bernadotte, Championne, Richepanse, St-Cyr, Masséna, Moreau et puis ce cavalier-roi, Joachim Murât; et puis l'empereur Napoléon, et tous ces simples soldats devenus princes, ducs et maréchaux d'Empire: Davout, duc d'Auerstadt; Victor, duc de Bellune; Masséna , prince d'Essling; Soult, duc de Dalmatie; Oudinot, duc de Reggio.

Certes, voilà une légende glorieuse! Nulle famille au monde n'est aussi riche en titres de noblesse que le 2e régiment de Dragons ! nulle famille au monde ne possède, aux illustrations de sa race, des illustrations de la taille de nos capitaines ! nulle famille au monde n'a servi la patrie comme cette vieille famille de cavaliers dont nous sommes les descendants. Aussi pouvons-nous écrire sur les lames de nos lattes : Noblesse oblige.
Et, chose admirable, cette famille militaire, qui est le régiment, n'arrache point le soldat à la maison paternelle.
Aux premiers pas dans la carrière des armes, vous retrouvez l'autorité du père dans ce qu'elle a de plus digne, de plus élevé; vous retrouvez des frères, des amis, qui souvent vous donnent leur vie. [...]



Le 2e régiment de Dragons, c'est tout un passé d'honneur et de gloire! c'est un magnifique héritage! c'est le résumé des plus nobles pages de l'histoire militaire du peuple français!
Ne l'oublions jamais, enfants du régiment. Remettons à ceux qui viendront après nous notre nom aussi pur que nous l'avons reçu.
Quoi qu'il arrive, serrons nos rangs autour de l'étendard du 2e Dragons. Si parmi nous quelqu'un tombe; serrons encore nos rangs, le sabre haut, et répétons ce cri des Dragons de Condé, des Dragons de Napoléon, ce vieux cri du régiment: Vive la France ! "
Le colonel AMBERT.
Commandant le régiment
Novembre 1851

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