Wavre 2016

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Providence - 2e Dragons - Wavre 2016

lundi 7 juin 2021

Sans-Gêne

Née le 16 janvier 1774 à Talmay en Côte-d’Or et orpheline à l’âge de neuf ans, Thérèse Figueur s’engage dans l’armée à dix-neuf ans. En 1793, en pleine Convention, le sud de la France est gagné par un soulèvement contre-révolutionnaire. Avignon se soulève et son oncle maternel, Joseph Viard, ancien militaire et royaliste, prend le commandement d'une compagnie de canonniers au fort. Devant l'avancée de l'armée conventionnelle et pour avoir un œil sur sa nièce âgée de dix-neuf ans, il accepte qu'elle porte l'uniforme et l'accompagne. C'est une révélation pour Thérèse Figueur : "je me sens gaie, alerte, infatigable. Je me redresse dans le rang. Je cours d'une pièce à une autre pour transmettre un ordre du capitaine ; je porte fièrement des boulets, des boîtes à mitrailles, des gargousses… Ma vocation venait de se prononcer : Thérèse Figueur était soldat".

Légion des allobroges

La compagnie de canonniers de Marie-Thérèse et de son oncle couvre la retraite des insurgés vers Marseille suite à la prise d'Avignon par les troupes du Général Carteaux . Très vite les éclaireurs allobroges apparaissent et fondent sur la compagnie qui se débande. Marie-Thérèse ramasse une mèche à ses pieds et fait feu du canon chargé à mitraille mettant hors de combat huit cavaliers. Ce geste aurait dû lui coûter la vie mais elle est épargnée car elle paraît être un enfant. Au bout de 15 jours, après avoir craint d'être fusillée ou guillotinée, le Général Carteaux lui propose de s'enrôler en rejoignant la République et la Convention dans la légion des Allobroges. Elle obtient la vie sauve ainsi que celle de son oncle. Dès lors, elle portera le nom de guerre de "Sans-Gêne" que lui a attribué le sous-lieutenant Chastel en raison de son comportement : "je vous assure, disait-il, que lorsque nous la fîmes prisonnière, elle ne se gênait pas le moins du monde pour nous traiter de lâches".

Portrait de Thérèse Figueur

Sa carrière de militaire évolue rapidement quand Thérèse Figueur se retrouve au siège de Toulon en 1793. Enfin, la cavalière fait partie des 15e et 9e régiments des dragons, faisant preuve d’agilité à cheval.

Thérèse Figueur (Musée Bonaparte - Auxonne)
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Thérèse Figueur n’hésite pas à participer aux nombreuses batailles et campagnes militaires des guerres napoléoniennes. Son courage, son moral et sa persévérance sont appréciés au point que lors du décret du Comité de Salut Public interdisant le service militaire des femmes (1793), elle peut profiter d’une exception. En effet, si une vision nouvelle de la société s’est développée pendant la Révolution française, même les Jacobins les plus radicaux rejetèrent l’idée de la participation des femmes dans le domaine militaire ou politique. Pour Thérèse Figueur, son sexe est souvent ignoré, éclipsé par ses nombreuses réussites sur les champs de bataille.

Parmi les faits d'armes dont elle fut l'auteur et qui sont restés dans l'histoire, citons:

  • Une blessure reçue en 1793 alors qu'elle participait aux combats du siège de Toulon; 
  • au cours d'une action de guerre à l'armée des Pyrénées-Orientales, elle ramène dans les lignes françaises, au péril de sa vie, le général Nouguez atteint d'une grave blessure à la cuisse ;
  • à la même armée, elles sauve de la noyade plusieurs hommes de la 17e demi-brigade ;
  • en 1799 à Savigliano, elle a trois chevaux tués sous elle et reçoit quatre coups de sabre.
Dragon "Sans-Gêne"
(uniforme du 9e Dragons ? - distinctive "cramoisi")

Après deux ans passés en prison en Angleterre, elle prend sa retraite militaire à Paris en 1815. 
En 1818, l’ancienne dragonne retrouve son ami d’enfance, Clément Sutter, qu’elle épouse. 

Les Mémoires de Marie-Thérèse Figueur sont publiés une première fois en 1842 sous le titre : Les Campagnes de mademoiselle Thérèse Figueur, aujourd'hui madame veuve Sutter, ex-dragon aux 15e et 9e régiments, de 1793 à 1815, écrites sous la dictée par Saint-Germain Leduc, chez Dauvin et Fontaine. Ils ont les honneurs d'une seconde édition en 1894  suite au succès de la pièce de Sardou*.

Durant sa longue vie, cette femme soldat a connu le règne de Louis XVI, la Révolution française, le Ier Empire, les deux Restaurations, puis Louis-Philippe, la seconde République et même Napoléon III.

Statuette créée en 1906 par L. Lachaud
pour commémorer le courage exceptionnel
du dragon "Sans-Gêne" (Musée de l'Armée - Paris)

*En 1893, l’auteur dramatique Victorien Sardou utilise le nom « Sans-Gêne » pour représenter un autre personnage du Premier Empire, Catherine Lefebvre. Cette simple décision engendre une confusion dans l’usage de ce nom de guerre de Thérèse Figueur.

Sources :

  • https://www.musee-armee.fr/collections/ressources/heroines-et-heros-histoire/therese-figueur.html
  • https://www.napoleon-histoire.com/les-femmes-dans-les-armees-de-napoleon/
  • http://bonaparte-a-valence.fr/les-femmes-dans-larmee
  • https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k46833d.image
  • https://www.napoleon-histoire.com/therese-figueur-1774-1861/
  • https://journals.openedition.org/clio/1418
  • http://www.pontault-combault.fr/sites/default/files/atoms/files/le_saviez-vous_ndeg6_-_madame_sans_gene.pdf