Waregem 2017

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Providence - 2e Dragons - Waregem 2017

lundi 2 avril 2018

Toute la cavalerie de ligne ne doit pas être cuirassée...


Mémoires pour servir à l'histoire de France sous Napoléon, écrits sous le dictée de l'Empereur à Sainte-Hélène, par Montholon:

« Toute la cavalerie de ligne ne doit pas être cuirassée : les dragons montés sur des chevaux de quatre pieds neuf pouces, armés d'un sabre droit, sans cuirasse, doivent faire partie de la grosse cavalerie; ils doivent être armés d'un fusil d'infanterie avec baïonnette, avoir le schako de l'infanterie, le pantalon recouvrant la demi-botte-brodequin, des manteaux à manches, et des porte-manteaux si petits, qu'ils puissent les porter en sautoir quand ils sont à pied. Toute cavalerie doit être munie d'une arme à feu, et savoir manœuvrer à pied. 3 000 hommes de cavalerie légère, ou 3 000 cuirassiers, ne doivent point se laisser arrêter par 1 000 hommes d'infanterie, postés dans un bois, ou dans un terrain impraticable à la cavalerie; 3 000 dragons ne doivent point hésiter à attaquer deux mille hommes d'infanterie, qui, favorisés par leur position, les voudraient arrêter.
Turenne, le prince Eugène de Savoie, Vendôme, faisaient grand cas et grand usage des dragons. Cette arme s'est couverte de gloire en Italie, en 1796 et 1797. En Egypte, en Espagne, dans les campagnes de 1806 et 1807, un préjugé s'est élevé contre elle. Les divisions de dragons avaient été réunies à Compiègne et à Amiens, pour être embarquées sans chevaux pour l'expédition d'Angleterre, et y servir à pied, jusqu'à ce que l'on pût les monter dans le pays. Le général Baraguay-d'Hilliers, leur premier inspecteur, les commandait; il leur fit faire des guêtres, et incorpora une grande quantité de recrues, qu'il ne fit exercer qu'aux manœuvres de l'infanterie ; ce n'était plus des régiments de cavalerie : ils firent la campagne de 1806 à pied, jusque après la bataille d'Iéna, qu'on les monta sur des chevaux de prise de la cavalerie prussienne, les trois quarts hors de service. Ces circonstances réunies leur nuisirent; mais, en 1813 et 1814, les divisions de dragons rivalisèrent avec avantage avec les cuirassiers. Les dragons sont nécessaires, pour appuyer la cavalerie légère à l'avant-garde, à l'arrière-garde, et sur les ailes d'une armée; les cuirassiers sont peu propres aux avant-gardes et aux arrière-gardes : il ne faut les employer à ce service que lorsque cela est nécessaire pour les tenir en haleine et les aguerrir. Une division de 2 000 dragons, qui se porte rapidement sur un point avec 1 500 chevaux de cavalerie légère, peut mettre pied à terre pour y défendre un pont, la tête d'un défilé, une hauteur, et attendre l'arrivée de l'infanterie. De quel avantage cette arme n'est-elle pas dans une retraite ? La cavalerie d'une armée doit être le quart de l'infanterie, elle doit se diviser en quatre espèces : deux de cavalerie légère, deux de grosse cavalerie, savoir; les éclaireurs, composés d'hommes de cinq pieds, ayant des chevaux de quatre pieds six pouces ; la cavalerie légère, des chevaux de quatre pieds sept à huit pouces ; les dragons, des chevaux de quatre pieds neuf pouces ; les cuirassiers, des chevaux de quatre pieds dix à onze pouces : ce qui emploiera, pour la remonte, toutes les espèces de chevaux. Les éclaireurs seront attachés à l'infanterie, parce que la petitesse de leurs chevaux les rendra peu propres aux charges de cavalerie. En attachant un escadron de 360 hommes à chaque division de 9 000 hommes, ils seraient le vingt-cinquième de l'infanterie ; ils fourniraient les ordonnances aux généraux, des escortes aux convois; des garnisaires, des brigades de sous-officiers, aideraient la gendarmerie dans l'escorte des prisonniers et la police. Il resterait encore de quoi former plusieurs divisions, pour éclairer la légion, et occuper une position importante où il serait avantageux de prévenir l'ennemi. Rangés en bataille derrière l'infanterie, constamment sous les ordres des généraux d'infanterie, ils saisiraient le moment favorable où l'ennemi serait rompu, pour tomber avec leurs lances sur les fuyards et faire des prisonniers. La petitesse de leurs chevaux ne tenterait point les généraux de cavalerie.
Au moment d'entrer en campagne , chaque régiment d'infanterie fournirait une compagnie de 120 éclaireurs, toute organisée pour être incorporée dans les régiments de grosse cavalerie, à raison d'un dixième pour les cuirassiers, d'un cinquième pour les dragons. Ainsi, par exemple, 360 cuirassiers auraient 36 éclaireurs ; pareil nombre de dragons en aurait 72 : ils seraient employés à fournir les ordonnances aux généraux, les escortes aux bagages, aux prisonniers; ils feraient le service de tirailleurs, ils battraient la campagne, ils tiendraient les chevaux des dragons, quand ceux-ci combattraient à pied.
Une armée, composée de 36 000 hommes d'infanterie, aura 9 000 hommes de cavalerie, savoir : 2 070 éclaireurs, dont 1 440 avec les quatre divisions d'infanterie; 420 avec les dragons, 210 avec les cuirassiers ; 2 700 chasseurs ou hussards ; 2 100 dragons; 2 100 cuirassiers; ce qui formera 4 800 hommes de cavalerie légère, et 4 200 grosse cavalerie. »

Source : Mémoires pour servir à l'histoire de France


« Que l'auteur s'amuse à habiller ses dragons de toutes pièces, comme une petite fille qui pare sa poupée, je ne prétends pas le troubler dans ce plaisir innocent. Nous ne nous disputerons pas sur la forme du pantalon, de la botte, de la coiffure, et autres semblables vétilles ; je lui accorde, à cet égard, tout ce qu'il veut. La seule question que je me propose d'examiner ici, c'est celle-ci : Peut-on rendre une troupe également propre à combattre à pied et à cheval ? question importante, qui mérite de fixer l'attention des généraux.
Je commence par convenir avec lui de la nécessité d'armer la cavalerie légère d'une arme à feu, et même de l'exercer quelquefois à combattre à pied, afin qu'une avant-garde ne se laisse point arrêter par quelques tirailleurs heureusement postés pour la défense d'un pont ou de tout autre défilé. Quant aux cuirassiers, je ne puis être de son avis ; un fusil ou une carabine dans leurs mains serait plus gênant qu'utile ; leur cuirasse et leur équipement les rendent trop lourds pour combattre à pied. D'ailleurs, ils ne se trouvent jamais à l'extrême avant-garde, et le passage du défilé est déjà forcé par les troupes légères qui les précèdent, lorsqu'ils arrivent.
Mais il y a loin de l'idée d'armer la cavalerie légère de carabines, et de lui faire fournir quelques tirailleurs dans l'occasion, à celle de transformer une partie de la grosse cavalerie en véritable infanterie, comme le veut mon critique. Si ses 3 000 dragons ne doivent point hésiter à attaquer à pied 2 000 fantassins favorisés par la position, c'est une preuve qu'il espère les rendre aussi habiles que l'infanterie. D'un autre côté, il en veut faire de la bonne cavalerie de ligne. Nul doute qu'il ne fut fort commode de pouvoir faire servir tour à tour le même soldat, suivant les besoins du moment, comme cuirassier, comme chasseur, comme fantassin, comme canonnier, comme sapeur. Mais deux obstacles s'y opposent ; d'abord, la différence d'armement et d'équipement qu'exigent les diverses armes; ensuite, la difficulté de rendre la même troupe également habile à tous les exercices. Ces obstacles ont paru tellement invincibles aux divers peuples de l'Europe, que tous ont divisé leurs troupes en plusieurs armes, équipées, armées et exercées différemment. Et l'on voudrait maintenant nous ramener à réunir dans la même personne les métiers si différents de fantassin et de cavalier ! Qu'arriverait-il de cette réunion, ou plutôt de cette confusion ? Le dragon ne serait bon ni à pied ni à cheval ; à pied, son grand sabre et ses bottes de cavalier le gêneraient ; son porte-manteau en sautoir couvrirait sa giberne et fatiguerait ses mouvements ; l'habitude du cheval rendrait sa marche lourde et maladroite ; il serait moins habile dans les manœuvres et les exercices que les fantassins, qui ne font autre chose ; il servirait avec humeur, et par conséquent fort mal, regrettant son cheval, et les exercices plus brillants et moins pénibles de la cavalerie; enfin, on se priverait dans le combat d'un cinquième des hommes employés à tenir les chevaux. A cheval, son fusil d'infanterie et sa grosse giberne lui seraient incommodes ; il se montrerait maladroit comme cavalier, parce que le temps qu'il aurait consumé aux manœuvres et exercices d'infanterie, serait perdu pour les manœuvres et exercices de cavalerie. Cet hermaphrodite ne serait ni fantassin ni cavalier.
L'histoire des dragons jette du jour sur tout ceci : du temps de Turenne et de Vendôme, ce n'étaient, à proprement parler, que de l'infanterie légère, placée à cheval pour la rapidité de la marche, et mettant pied à terre pour le combat. On prenait des chevaux de paysans, avec leur harnachement tel quel, comme on le voit dans la correspondance de Louis XIV avec ses généraux, et l'on y plaçait les fantassins destinés aux avant-gardes. Cette infanterie s'habitua au cheval, et, petit à petit, l'on en fit réellement de la cavalerie. Mais alors les dragons perdirent toutes les propriétés de l'infanterie, et même on laissa insensiblement tomber en désuétude l'usage de les exercer aux manœuvres du fantassin. Dans la guerre dernière, ils ne servirent plus que comme cavalerie, jusqu'au moment où Bonaparte voulut se servir du général Baraguey d'Hilliers pour mettre à exécution son idée favorite de les rendre propres aux manœuvres d'infanterie. Je m'en rapporte à son propre récit pour faire connaître le mauvais succès de cette entreprise. Les dragons, fatigués de cet essai, et dégradés à leurs yeux par le service de fantassins, servirent avec humeur; ce qui obligea, quelque temps après, de les rappeler au service unique de cavalerie. Maintenant ils forment une cavalerie mixte entre les chasseurs et les cuirassiers; mais leur armement, leur équipement et leurs chevaux étant moins convenables que ceux des chasseurs pour le service léger, et que ceux des cuirassiers pour le service de ligne, il est difficile d'en tirer le même parti. Tout ce qu'il y a à dire en leur faveur, c'est qu'on peut les employer tour à tour, et comme cavalerie légère et comme cavalerie de ligne, suivant les circonstances. »

Source : Réponse aux notes critiques de Napoléon


Remarques critiques sur l'ouvrage de M. le lieutenant-général Rogniat ...  par Marbot :

"M. le général Rogniat ne veut, dans son armée, que deux espèces de cavalerie; savoir, la grosse cavalerie cuirassée et la cavalerie légère. Je n'approuve point ce système; car je crois qu'il faut de la cavalerie mixte (1).

(1) J'entends par cavalerie mixte , des corps qui, pour la solidité et la légèreté, tiennent le milieu entre les cuirassiers et la cavalerie légère ; tels sont les dragons, qui ont rendu de très-grands services à nos armées dans les premières guerres de la révolution, tant qu'on se borna à les faire combattre comme cavalerie. Cette arme fut un moment désorganisée, parce qu'on voulut lui faire exécuter des choses impraticables ; mais dès qu'on eut renoncé à ce système vicieux, les dragons redevinrent de fort bonne cavalerie mixte. Je dis mixte, et non légère, quoique par une vieille habitude et la fausse interprétation de quelques anciennes ordonnances, on ait mal à propos donné aux dragons de nos jours , le nom de cavalerie légère qui ne leur convient sous aucun rapport, ainsi que l'avouent les officiers de dragons qui connaissent leur arme et savent que par la manière dont elle est montée, elle n'est ni grosse cavalerie, ni cavalerie légère, mais tient un juste milieu entre la solidité de l'une et la légèreté de l'autre, ce qui la rend infiniment utile. (Lorsque les dragons furent désignés pour faire partie de la cavalerie légère, ils étaient montés sur de très-petits chevaux, et avaient une organisation qui ne ressemble en rien à celle qu'ils ont aujourd'hui).

Je me permettrai d'adresser à M. le général Rogniat, quelques questions à ce sujet. Supposons pour un moment que M. le général soit chargé de recevoir les remontes destinées à la cavalerie d'une armée, et qu'on lui présente une grande quantité de chevaux, parmi lesquels il y en a plusieurs milliers de la taille de huit à neuf pouces, et qui, n'ayant d'ailleurs aucunes tares, sont bien étoffés, ont les membres fortement prononcés, la corpulence un peu épaisse, et sont par conséquent d'une légèreté moyenne. Que fera M. le général Rogniat de ces chevaux la ? les enverra-t-il aux corps de grosse cavalerie? cela n'est pas possible; car des chevaux de huit à neuf pouces ne sont ni assez grands, ni ordinairement assez forts (quelque bien constitués qu'ils soient) pour pouvoir porter pendant toute une campagne, des cavaliers d'une haute structure, dont le poids, déjà très-considérable, est encore augmenté par celui des cuirasses de fer dont ils sont revêtus. M. le général Rogniat ne pourra donc employer au service de la grosse cavalerie, les chevaux de moyenne taille dont nous parlons. Les donnera-t-il à la cavalerie légère? cela n'est point encore possible; car , des chevaux de neuf pouces , fortement charpentés, sont trop grands, trop charnus et pas assez lestes pour la cavalerie légère, qui a besoin, pour bien faire son service, d'être montée sur des petits chevaux nerveux , agiles et maniables, qui puissent se glisser facilement au travers des obstacles et passer lestement partout. M. le général Rogniat ne pourra donc monter sa cavalerie légère sur des chevaux de neuf pouces, d'une structure et d'une corpulence un peu épaisse. Que fera donc M. le général, de tous les chevaux de cette taille et de cette corpulence qu'on lui présentera? il sera forcé de les renvoyer, puisqu'il ne veut pas de cavalerie mixte; et voilà plusieurs milliers de bons chevaux, de taille et de force moyenne, desquels l'état ne pourra tirer aucun parti, ce qui le privera en temps de guerre d'une grande ressource, et fera infiniment hausser le prix des chevaux de cuirassiers et de cavalerie légère, puisque les remontes ne se composeront plus que de ces deux espèces de chevaux.
Je doute que la proposition de M. le général Rogniat soit adoptée, et je suis convaincu qu'il faut en Europe trois espèces de cavalerie, ne fût-ce que pour se conformer à la nature des chevaux de selle européens qui, par leur taille et leur corpulence, se divisent généralement en trois classes bien distinctes; savoir: 1° les chevaux qui sont à la fois grands, gros et forts, mais un peu lourds; 2° ceux dont la taille, la corpulence, la force et l'agilité sont moyennes; 3° les chevaux petits, nerveux et lestes. Cette diversité dans la taille, là corpulence et l'agilité des chevaux, est, à peu d'exception près, si prononcée, que pour pouvoir utiliser les chevaux de tous genres, on a été forcé de diviser aussi la cavalerie en trois classes; savoir : la grosse cavalerie qui est actuellement cuirassée, la cavalerie mixte, composée de dragons et chevau-légers, enfin la cavalerie légère.
Chacune de ces trois espèces de cavalerie a son utilité en temps de guerre; ainsi l'agilité des petits chevaux, leur adresse naturelle et la faculté qu'ils ont généralement de mieux supporter la fatigue que les gros , rend la cavalerie légère propre aux longues courses et au pénible service des avant-postes, tandis que la force des grands et gros chevaux, permet, non seulement de les faire monter par des hommes très-robustes, et de veiller à la conservation de ces cavaliers en les couvrant de fer; mais encore elle donne à la grosse cavalerie la faculté de résister aux chocs et d'enfoncer des masses de troupes. Mais comme la pesanteur naturelle de ces grands et gros chevaux, jointe à la charge des hommes cuirassés qu'ils portent, empêche la grosse cavalerie d'être aussi longtemps sur pied que la cavalerie légère, et qu'il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, que des cuirassiers puissent suivre la cavalerie légère assez lestement aux avant-gardes et aux arrière-gardes pour être toujours à même d'appuyer ses mouvements et de la soutenir au besoin; c'est la cavalerie mixte qui est chargée de ce service, qu'elle fait aisément, parce qu'étant montée sur des chevaux plus maniables plus agiles et moins chargés que ceux des cuirassiers, elle/se fatigue beaucoup moins, et peut faire bien plus promptement qu'eux, les courses nécessaires pour voler à l'avant-garde, au secours de la cavalerie légère, qui, étant par sa nature même et le genre de combat qu'elle livre, exposée à être souvent ramenée et mise en désordre, trouve dans la solidité des escadrons^ de la cavalerie mixte, un appui des plus utiles; appui qu'elle attendrait souvent en vain si, faute de cavalerie mixte, il devait lui être donné par la grosse cavalerie qui arriverait presque toujours trop tard, ou qu'on abîmerait et exténuerait bientôt en la faisant continuellement courir aux avant ou arrière-gardes, et la tenant presque aussi longtemps bridée que la cavalerie légère.
Qu'on se rappelle qu'une des causes qui ont le plus contribué aux pertes énormes que nos beaux régiments de cuirassiers éprouvèrent dans les campagnes.de 1809, 1812 et 1813, c'est le manque de cavalerie mixte qu'on éprouva dans nos armées d'outre-Rhin pendant ces campagnes-là; parce qu'en 1808 on avait envoyé en Espagne presque tous nos dragons, ou cavalerie mixte, dont l'absence se fit souvent sentir d'une manière bien déplorable; car, dès que la cavalerie légère de notre avant ou arrière-garde était sérieusement engagée , comme on n'avait pas de cavalerie mixte pour aller la soutenir, on y envoyait les cuirassiers; de sorte qu'au lieu de faire repaître et de ménager leurs chevaux, qui en ont bien plus besoin que d'autres, les cuirassiers étaient quelquefois en mouvement depuis le lever de l'aurore jusque bien avant dans la nuit, ce qui harassait ces hommes couverts de fer, fatiguait infiniment les chevaux qui portaient de tels poids, et en mettait par jour plusieurs centaines hors de service. Aussi, dès l'ouverture de la campagne, voyait-on les divisions de cuirassiers se fondre avec une rapidité effrayante, sans qu'il fût possible d'y remédier.
Les cuirassiers (ou grosse cavalerie ) sont destinés à décider, par leurs terribles charges, le gain d'une bataille, ou à arrêter et contenir un ennemi victorieux; mais, si l'on veut avoir pour les grandes occasions des corps de cuirassiers pour donner un vigoureux coup de collier, il faut alors les ménager dans le courant de.la campagne, et ne pas les exténuer journellement en les tenant constamment à cheval. Or, comme ce n'est que lorsqu'on a de la cavalerie mixte qu'on peut ménager les cuirassiers, je soutiens qu'il faut absolument avoir trois espèces de cavalerie, et c'est une vérité dont tous les peuples de l'Europe sont convaincus.
On voit cependant, par ce que M. le général Rogniat dit à la page 230, qu'il est persuadé que presque tous les peuples européens n'ont que deux espèces de cavalerie ; mais c'est une erreur. Car il est prouvé que tous en ont au moins de trois sortes, et que ceux qui, tels que les Russes, admettent dans leur armée de la cavalerie irrégulière , ont alors quatre espèces de cavalerie. En effet, les Russes ont, 1° de la grosse cavalerie cuirassée ; 2° de la cavalerie mixte, composée de nombreux régiments de dragons; 3° de la cavalerie légère régulière, composée de chasseurs , hussards et lanciers; 4° enfin les cosaques irréguliers.
M. le général Rogniat ne voulant, dans son armée, que de la grosse cavalerie et de la cavalerie légère, éprouvera souvent de rudes échecs faute de cavalerie mixte ; car, sa grosse cavalerie; ne pouvant marcher aussi vite que l'avant-garde, ni rester habituellement pendant les retraites, à l'arrière-garde, la cavalerie légère de M. le général Rogniat ne pourra résister à la cavalerie légère de l'ennemi, soutenue par des divisions de cavalerie mixte ; et les avant-gardes et les arrière - gardes de M. le général Rogniat: seront constamment battues et refoulées sur les colonnes de son armée.
La cavalerie mixte, je le répète, est indispensable, et les armées qui n'en auront pas perdront bientôt leur grosse cavalerie, et verront battre et repousser presque toujours leur cavalerie légère.

Source : Remarques critiques sur l'ouvrage de M. le lieutenant-général Rogniat ...


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